La maladie n’est pas un manque de chance …

La maladie n’est pas un manque de chance …

 

 

On entends souvent dire à propos des personnes atteintes de maladies graves, invalidantes, voir fatales (comme le cancer ) , qu’elles n’ont pas de chance, cependant en y regardant de plus près, on peut se poser des questions quand à la validité de ce lieu commun. Évidemment je ne suis pas en train de dire que tous les malades sont responsables de la maladie qu’ils développent, bien au contraire. Je sais d’ailleurs mieux que personne qu’on peut avoir une hygiène de vie irréprochable et pourtant être malmené par des problèmes de santé. C’est plutôt le mot malchance qui me pose problème, car pour moi la chance reflète simplement l’accumulation des données que nous n’avons pas encore, ou que nous ne savons tout simplement pas déchiffrer… Henri Poincaré, ne déclarait-il pas  que ce que l’on appel la chance n’était que la mesure de notre ignorance !

Un peu comme pour la religion, en matière de santé, plus la science avance et plus la part de ce que l’on attribue à l’aléatoire diminue. Et avec elle, le regard que nous posons sur les pathologies et leurs causes racines. Il y a quelques siècles de cela, de nombreuses pathologies étaient encore associées à un envoûtement, un sort jeté par un concurrent qui vous voulait du mal, ou un dieu voulant vous ramener à votre statut de simple mortel ! Heureusement, dans les pays développés, ce genre d’idées prêtent dorénavant à sourire, cependant les causes profondes des pathologies ayant encore du mal à être connues, les mots « chance » et « malchance » sont venus remplacer les explications des guérisseurs et autres marabouts. Une vision erronée de la maladie est venue en remplacer une autre, et ceci est aisément compréhensible tant l’homme s’est construit sur sa capacité à se raconter des histoires, les blancs lui ont toujours été difficiles à supporter, et cela l’a, bien souvent, mené au pire. Il semble que notre espèce soit plus à l’aise avec une mauvaise histoire ( même si  est elle  frappée de  criantes incohérences … ) , qu’avec l’intolérable cruauté d’une vérité difficile à entendre. N’est pas Nietzsche qui veut …

Heureusement, les avancées médicales et la science, d’une façon plus générale, lèvent le voile de plus en plus souvent sur des états de faits qui ont longtemps été minimisés voir niés pendants de trop nombreuses années. La part tenue par la malchance dans de nombreux cas de cancer a maintenant été remplacée par des causes génétiques et environnementales. En effet quels poids peu supporter le concept de malchance dans un match qui l’oppose à des tonnes de pesticides, et autres polluants industriels ? Il ne reste plus que quelques scientifiques corrompus… pardon, des «consultants  indépendants» , pour oser déclarer que la pollution n’a que peu de conséquences sur la santé et sur l’explosion du nombre des maladies de civilisation (cancer, diabète, maladies neuro-dégénératives, autisme, maladies de l’âme …) . Qu’il doit être difficile d’aller border ses enfants au moment du coucher ou de se regarder en face quand on sait que nos paroles et recommandations mèneront des millions de gens à baisser la garde dans ce combat contre un environnement que nous rendons chaque jour un peu plus hostile aux conditions de notre propre survie … Ces éminents spécialistes pensent-ils que leur progéniture échappera à la pollution des océans, à la destruction des terres cultivables ou à la nocivité d’un air chaque jour plus pollué ? Y pensent ils seulement … en tout cas une chose est sur, les quelques milliers d’euros et autres voyages offerts en compensation de leur soumission ne sera d’aucun secours face au poids de la vérité qui frappe ou frappera chacun d’entre nous au cours des années à venir …

Je me suis un peu égaré, mais le sujet de la nature humaine est passionnant et tellement interdépendant des avancés sociétales et scientifiques que vous me pardonnerez ce détour, j’en suis sur … Revenons aux racines du mal, et aux causes multiples des maladies qui sont en train d’être soulevées par la médecine moderne. Tout d’abord, la génétique et son avancée ( décryptage du génome humain ) est en train de nous en dire énormément sur les possibles problèmes de santé qui vont venir nous frapper. La présence de tel ou tel gène écrit en nous l ‘éventualité de la survenue d’une pathologie (cancer de la prostate, de l’estomac , génitaux …) mais ça ne s’arrête pas la !!! L’épigénétique, soit l’environnement auquel nous et notre génome allons être exposé va être les catalyseur et influencer l’expression des gènes : pour faire simple « votre génétique charge le pistolet, et votre comportement (épigénétique) appuie sur la gâchette ». Et en sous partie d’une épigénétique déjà bien complexe se dresse fièrement la nutrigénomique ! Ou pour être plus clair, la façon dont nos gênes réagissent à certains micronutriments (nourriture, plantes, boissons, compléments alimentaires …).

Comme vous le voyez, la part de chance ou de malchance diminue comme peau de chagrin, à mesure que la science avance. Et j’en suis persuadé, un jour viendra ou nous rirons d’un temps ou ces termes étaient employés, comme nous le faisons aujourd’hui quand nous parlons des saignées et autres remèdes moyenâgeux .

Et ces avancées n’en sont qu’à leur balbutiement, si bien que la santé que nous prenions comme quelque chose découlant de notre propre comportement, est en fait un sujet bien plus complexe ou le comportement de personnes vivant autour de nous, voir à l’autre bout du monde aura des conséquences sur notre vie, via la pollution environnementale. Le concept « Les origines développementales de la santé et de l’épigénétique (DOHaD) » va même un peu plus loin en signalant l’importance de la vie intra utérine et de la petite enfance sur la santé future d’une personne. L’exposition à différents polluants,  aux situations  stressantes durant la gestation, voir à des périodes antérieurs,  pourrait-être bien plus importants que ce que l’on pensait jusque là. Et si vos problèmes de santé découlaient des modes de vie de vos parents, voir de vos grands parents ? Et si ce que l’on appel le hasard était finalement le cumul des comportements de vos géniteurs, des conditions de grossesse de votre mère, du comportement de votre père au moment de la conception, de la façon dont vous êtes nés ( césarienne, voies naturelles) du lait qui vous a nourri ( sein , ou lait maternisé ) , et ensuite de votre alimentation et de l’exposition à un environnement  … Il semble donc que nous soyons responsable de notre santé mais aussi de celle de notre descendance, et ceci d’un point de vue psychologique ( la psychologie nous le rabâche assez …) mais également physiologique. La sensibilisation des populations à ces problématiques nouvelles devrait être une préoccupation majeure pour nos hautes instances de santé. Malheureusement, cela semble ne pas être le cas, et les connaissances dans ce domaine des personnels de santé sont là pour nous le rappeler…

Pour conclure, nous pourrions dire qu’  en matière de santé, les mots « hasard » et « chance » perdent chaque jour un peu plus de terrain. Et je suis sur qu’un jour prochain, il seront relégués à la place qui devrait être la leur, à savoir la bouche des gens manquant de curiosité et/ou ayant intérêt à ce que rien ne change …

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